Rafik Abdessalem : Fortes présomptions de malversation et d’affaire de mœurs

Rafik Abdesslem

Rafik Abdessalem Bouchleka est depuis un an, jour pour jour, à la tête de la diplomatie tunisienne. Nommé ministre des affaires étrangères le 24 décembre 2011 par le gouvernement Hamadi Jebali, il a été, depuis son ascension, au cœur de nombreuses polémiques. En fait, celui que l’on s’amuse à appeler désormais en coulisses « le nouveau Sakhr Matri », en référence au gendre du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, devrait cette ascension à sa seule alliance à Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste au pouvoir, le parti Ennahdha. Epoux de la très controversée Soumaya Ghannouchi, fille du leader islamiste historique, sa nomination a été le premier cas flagrant de népotisme de l’après révolution.

Pourtant, les dirigeants du parti au pouvoir ainsi que ses militants n’ont cessé de défendre le gendre du chef, lui inventant mille et unes qualités et vantant ses compétences et ses aptitudes intrinsèques. Des compétences qui tarderont néanmoins à apparaître au grand public puisque le ministre-gendre trébuche à presque chaque apparition publique, renforçant les arguments de ses détracteurs et légitimant de sérieux questionnements sur les critères qui ont fait son ascension. Des questionnements d’autant plus sérieux que les présomptions qui pèsent contre lui sont appuyées aujourd’hui par des documents.

Ce papier est le résultat de deux mois d’investigation. Une investigation qui révélera plusieurs affaires qui justifient aujourd’hui l’ouverture d’une enquête officielle urgente. Aujourd’hui, les présomptions qui pèsent contre le ministre tunisien des affaires étrangères ne reposent plus uniquement sur de simples bruits de couloir mais sur des preuves tangibles que vous découvrirez tout au long de cet article et de ceux qui suivront. La première affaire, à l’origine de l’enquête, que l’on baptisera « Affaire Sheraton », rassemble, de toute vraisemblance, à la fois tous les ingrédients d’une affaire de mœurs et ceux d’une affaire de malversation.

Acte premier : L’Affaire Sheraton
Des goûts de luxe 
L’hôtel Sheraton Tunis se situe à l’Avenue de la Ligue Arabe soit à quelques mètres du ministère des affaires étrangères. Rafik Abdessalem semble apprécier la proximité du luxueux établissement de son lieu de travail. Il semble également être un habitué d’hôtels de cette envergure. C’est du moins ce que suggèrent deux des 3 factures émises par l’hôtel à ma disposition et qui mentionnent son numéro SPG : 52076147086.

Facture n° 156380

facture 156380

 

 

 

Facture n°154363

SPG_facture 154636

Un numéro SPG signifie que le client bénéficie du programme Starwood Preferred Guest, un programme permettant à ses membres des avantages exclusifs auprès d’un nombre considérable d’établissements hôteliers de luxe et qui inclut : Le Sheraton, Four Points by Sheraton, W Hotels, aloft hotels, The Luxury Collection, Le Méridien, Element Hotels, Westin Hotels & Resorts et St. Regis Hotels & Resorts.

Les goûts de luxe du ministre ne se limitent pas au choix de l’enseigne. Ils s’étendent jusqu’au choix des chambres qu’il occupe. Comme le mentionnent les factures 146627 et 156380 émises à son nom, les chambres occupées par le ministre s’inscrivent dans une fourchette de prix comprise entre 332 et 450 TND la nuitée, en fonction des saisons.

Le 13/01/2012 : nuit à 424 TND
Le 14/01/2012 : nuit à 424 TND
Le 17/01/2012 : nuit à 332 TND
Le 18/02/2012 : nuit à 372 TND
Le 21/02/2012 : nuit à 450 TND
Le 23/04/2012 : nuit à 339 TND
Et enfin, le 18/06/2012 : nuit à 516 TND

Détails Facture 146627

Détails Fact146627

 

Détails Facture 156380Détails Fac156380

L’adresse de facturation ?

Sur les trois factures en question, deux mentionnent l’adresse de facturation suivante :

adresse facturation

A première vue, il s’agirait de l’adresse de l’ambassade de Tunisie en Ethiopie. Cependant, l’adresse officielle de l’ambassade en question est :

DBRE, Zeit Road Kep W20 HN 214, PO, Box 100069 A/A, Addis Abeba (Ethiopie).

Son Excellence, Monsieur Mokhtar Chaouachinommé ambassadeur de Tunisie en Ethiopie au mois d’octobre 2010, après avoir occupé le poste de Directeur général du département « Organisations et Conférences Internationales » au Ministère tunisien des affaires étrangères, pourrait éventuellement répondre aux interrogations que soulève cette adresse de facturation. Son intervention en date du 15 décembre dernier, sur les ondes de Mosaïque FM, où il accusait les autorités Seychelloises d’avoir été complices dans la fuite du gendre de Ben Ali, Sakher El Materi , laisse supposer que Son Excellence trouvera très vite une réponse fort convaincante à la question.
La 3ème facture

Outre les deux factures (146627 et 156380), une troisième a été réglée par le ministre. Contrairement aux deux premières, sur la facture n°154636 figure le nom d’une femme. Dans un souci de respect de la déontologie et afin de préserver la vie privée de cette femme et de son entourage, j’ai choisi de brouiller son nom et de ne mentionner que ses initiales.

SN a en effet occupé une chambre à l’hôtel Sheraton le 18/06/2012 pour un montant de 215 TND. Sur la facture en question figure également le nom du ministre et son numéro SPG : 52076147086, et pour cause : le montant a été transféré sur la chambre de Rafik Abdessalem, qui a payé la note le lendemain, en espèces. Étonnant lorsque l’on sait que les deux premières factures ont quant à elles été réglées par chèque et avec un délai beaucoup plus long.

 

nuit du 18_06_facture SN
Sur la facture 156380 émise au nom du ministre, nous observons qu’il a lui-même logé au même hôtel à la même date, occupant une chambre à 516 TND/nuit, à croire que les goûts de luxe de monsieur Abdessalem étaient remarquablement prononcés ce jour là.

nuit du 18_06
Faisant abstention des récits de témoins oculaires présumés et cherchant à savoir qui était cette SN pour éventuellement établir quelconque lien professionnel ou familial avec le ministre, aucun lien du genre n’a pu être établi. SN appartient au corps paramédical d’un hôpital public (profession exacte tue dans ce papier pour des raisons d’éthique), est âgée de 38 ans et est mariée à un expert en assurance.
Monsieur le Ministre en sa qualité de personnage public, gendre d’une sommité du monde islamique et membre d’un parti islamiste au pouvoir, pourra certainement éclairer notre lanterne et faire taire les mauvaises langues en expliquant à l’opinion publique pourquoi la facture de la dame a été transférée sur sa chambre ? Pourquoi le montant a été réglé en espèces ? Et surtout, quelle « mission officielle » a justifié sa chambre à 516 TND ce jour-là ?
Le règlement par chèque 

Comme mentionné plus haut, et contrairement à la facture 154636, les deux factures n°146627 et 156380, mentionnant pour rappel une adresse voulant être l’adresse de l’Ambassade de Tunisie en Ethiopie, ont été réglées par chèque.

Selon deux sources concordantes, les chèques STB 0000084 et STB 0000091 ayant servi au règlement auraient été débités sur un compte spécial tenu sur les livres de la STB au nom du ministère des affaires étrangères.

règlement facture 146627

 

règlement facture 156380

D’autres affaires, encore plus graves, impliquant le Ministre seront révélées prochainement.

En attendant, il parait évident que les fortes présomptions découlant de cette première affaire exigent l’ouverture d’une enquête officielle immédiate.

 

 Source : Olfa RIAHIhttp://tobegoodagain.wordpress.com/2012/12/26/rafik-abdessalem-bouchleka-fortes-presomptions-de-malversation-et-daffaire-de-moeurs-urgence-dune-enquete-officielle/